Communiqué de
presse de la FSU
Retraites :
des décrets d’application qui aggravent la loi
La loi portant réforme
des retraites entre en application au 1er janvier.
La plupart des décrets
d’application pour la fonction publique viennent d’être publiés au journal
officiel du 30 décembre. L’avis des organisations syndicales n’a pas plus
été entendu dans cette phase d’élaboration des décrets que lors du débat
sur la loi. En dépit de quelques concessions difficilement arrachées, ceux-ci
, pour l'essentiel, confirment le caractère régressif de la loi, voire en
aggravent les termes.
C’est particulièrement le cas
des bonifications accordées aux femmes fonctionnaires pour la naissance ou
l’adoption d’un enfant. Le gouvernement a fait le choix de supprimer
cette bonification d’un an pour les enfants qui naîtront après le 1er
janvier 2004. Seules les périodes de réduction de l’activité
professionnelle, ou d’interruption seront compensées, alors que l‘expérience
des pays voisins montre qu’écarter les mères de l’activité
professionnelle agit défavorablement sur la natalité et l’activité économique.
Ce n’est qu’après les mobilisations considérables du printemps que le
gouvernement a accepté une faible correction de cette décision, en accordant
à celles des mères qui poursuivront leur activité professionnelle à temps
plein après la naissance une majoration de la durée d’assurance de six mois,
ne valant que pour limiter la décote.
La bonification liée à
l’adoption ou la naissance d’un enfant avant le 1er janvier 2004
est désormais conditionnée à une interruption de l’activité
professionnelle
(le congé
de maternité suffira) mais les décrets précisent que celle-ci doit être
intervenue pendant l'activité en tant que fonctionnaire. Des milliers de
femmes qui ont eu des avant d'accéder à la fonction publique voient leurs
droits se réduire voire disparaître. Le gouvernement assure aujourd’hui
vouloir remédier à cette situation. Mais une occasion a déjà été manquée
puisque ni la loi amendée, ni les décrets n’ont tenu la promesse faite par
le gouvernement au soir du 10 juin, assurant que toutes les situations seraient
prises en compte.
L’addition des mesures défavorables
aux femmes (allongement de la durée de cotisation qui pénalise davantage les
carrières courtes, régression ou disparition des mécanismes compensateurs
comme la bonification pour enfant) montre que la réforme Fillon est une réforme
contre les femmes, particulièrement nombreuses dans la fonction publique.
Présenté comme une contre
partie à l’augmentation de la durée d’assurance, le rachat des années
d’étude ne sera accessible qu’à ceux qui disposent de revenus autres que
leur salaire. Alors même que le pays a besoin que les jeunes acquièrent dès
leur formation initiale un niveau de qualification plus élevé
qu’actuellement, une aide de l’État pour ce rachat aurait été reçue
comme un encouragement à entreprendre des études ou une formation.
Un décret manque, celui qui
doit fixer le taux de cotisation pour les personnels travaillant à temps
partiel qui choisiraient de faire valider une année pleine. Si le gouvernement
retient le principe que les intéressés financent seuls ce droit nouveau,
l’intérêt manifesté par les personnels sera fortement déçu.
La loi écarte toute mesure de
cessation anticipée pour les personnels qui ont effectué une carrière longue.
La pénibilité spécifique aux métiers de la fonction publique n’est pas
reconnue et les dispositifs d’aménagement des fins de carrière sont considérablement
dégradés.
Tout se passe
comme si les auteurs de la réforme misaient sur la difficulté des personnels
en fin de carrière à se maintenir au travail pour réduire leurs droits à
pension. C’est dans ces conditions que des pères de trois enfants tentent
d’utiliser la jurisprudence européenne pour bénéficier d’un départ
anticipé avant que les règles de calcul de leur pension ne soient trop dégradées.
Le parlement en adoptant une loi non conforme aux règles communautaires a
fragilisé les dispositions antérieures réservées aux mères de trois enfants
dans la fonction publique. Il leur a affirmé que rien n’était changé, mais
a créé les conditions de la remise en cause brutale d’une disposition utilisée
par un grand nombre d’entre elles.
Les pensions des retraités sont
revalorisées de 1,5% au 1er janvier. Cette situation apparaîtra
plus favorable que celle des actifs. Pourtant, cette augmentation fait
l’impasse sur près de 4 points de baisse du pouvoir d’achat au cours des
trois dernières années et la loi désormais affirme que les retraités n’ont
pas à bénéficier des fruits de la croissance.
La réglementation qui entre en
vigueur est particulièrement complexe. Il est vraisemblable que des
dispositions adoptées dans une procédure d’urgence soient loin d’avoir été
complètement appréhendées et ouvrent de ce fait une période d’incertitude.
Le risque est grand que les personnels aient dans ce contexte la plus grande
difficulté à connaître leurs droits et à les faire valoir.
La loi et les décrets qui
l’accompagnent organisent la baisse des pensions. Pour une carrière considérée
aujourd’hui comme complète, la baisse atteindra plus de 30% en 2020. Avec la
réforme des minima (minimum contributif et minimum garanti de la fonction
publique), les plus faibles revenus sont les premiers touchés. Tournant le dos
aux principes de solidarité, la loi accorde une aide fiscale importante à ceux
qui auront les moyens d’épargner pour se prémunir de cette baisse.
La FSU réaffirme sa
revendication d’un départ en retraite à 60 ans, avec un taux de 75% pour
37,5 annuités. Elle continuera à saisir toutes les occasions pour remettre en
cause la loi Fillon.
Le 30 décembre 03
